Minh Nguyen, un membre de Front Froid, a publié sur son blogue un article au sujet de la structure narrative des comic books, que je vous suggère de lire avant de commencer la lecture de ce billet. Minh fait état de certaines lacunes propres aux traditionnels « issues » mensuelles au sein desquels super-héros et vilains se tapent sur la gueule ad vitam aeternam. Bien d’accord avec lui : les interminables conflits musclés sont, à la longue, soulant. J’aimerais toutefois ajouter mon petit grain de sel. Minh semble associer la « structure » (un numéro par mois pour l’éternité) au problème de « milieux interminable » des comics books. Il faudrait peut-être ajouter à cette analyse que c’est un impératif économique qui gouverne cette structure. Un héros est une franchise qui doit rapporter. Tant qu’elle raporte, une grosse compagnie comme DC ou MARVEL n’a absolument aucune raison de la terminer. De là les histoires interminables. Pure logique capitaliste.

Conséquemment, les auteurs  de comic books doivent user de créativité pour faire en sorte que l’histoire ne se termine pas, sans pour autant que le lecteur soit ennuyé. Bien sûr, les comic books plus ordinaires utilisent la stratégie de l’alternance éternelle de vilains. C’est le genre de stratégie qui fonctionne avec une clientèle renouvellable, c’est-à-dire les enfants. La majorité des enfants vont lire Hulk peut-être deux ou trois ans. Après quoi ils passerons à un autre héros, et Hulk sera lu par leurs petits frères (ou leurs petites soeurs).  En effet, bien d’accord avec Minh, le système du comic books pour jeunes est une grande roue panthéonique, plutôt ennuyante lorsqu’on saisie les motivations de sa dynamique.

batman

Mais d’autres comic books utilisent le « conflit éternel » de manière un peu plus complexe en le rapportant au niveau de l’individu. Les grands héros s’affrontent aussi eux-mêmes. Pensons à Batman ou à Iron Man. Le conflit éternel est évidemment utilisé pour faire faire du fric à la franchise, mais les auteurs ont su utiliser un impératif économique pour parler de quelque chose de plus profond : le dilemme éthique, la morale, la justice. Ce sont des conflits qui SONT éternels, qui viennent donc donner une légitimité à l’histoire sans fin. Dans ce cas là, je ne suis pas prêt à avancer que le politique n’est pas présente au sein de ce genre d’histoire. Il y a quelque chose de très important dans ce genre de conflit éternel, tant au point de vu politique que philosophique. Voilà, je m’arrête ici.  Merci Minh pour ta réflexion!

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